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MA METHODE DE CONDUITE WARRE

 

Lorsque j'écris ma méthode, je ne veux pas dire que c'est moi qui l'ai inventée mais que c'est celle que j'ai décidée de suivre suite aux lectures et rencontres liées à l'apiculture.

L'Homme, fort prétentieux,  a toujours cherché à "optimiser" les choses et plus particulièrement la Nature, persuadé qu'il sait mieux qu'elle comment doivent se faire les choses. L'agriculture est malheureusement souvent le témoin de l'arrogance de l'Homme. Ainsi convaincu que la productivité est la clef et qu'elle rime avec volume, on est alors entré sur le chemin de l'absurde que ce soit en termes d'élevage ou de culture maraîchère et céréalière. A grands renforts de sélection de races et de produits phytosanitaires, l'Homme souhaite bien donner une leçon de sa supériorité à celle qui lui a donné la vie. Bref, la suite nous la connaissons il n'y a pas de quoi être fier.

Et s’il y avait un juste milieu ? Je cherchais une méthode qui soit la moins intrusive pour l'abeille. Je suis convaincu que si l'abeille se retrouve dans des conditions proches de ce que ses ainées ont connu pendant plusieurs millions d'années alors les colonies seront fortes et la productivité suivra probablement.

Aujourd'hui, la ruche Dadant compose la grande majorité des ruches utilisées. Inventée par Charles Dadant, elle est la première ruche à cadre à s'être popularisée. Ce qui a été aujourd'hui oublié c'est que Charles Dadant cherchait à créer une entreprise qui pourrait lui permettre de subsister. Il a donc eu l'opportunité d'être le premier à proposer commercialement une ruche pouvant être exploitée de manière plus aisée que les paniers autrefois utilisés. En effet, Charles Dadant était avant tout un fabriquant et revendeur de matériel apicole qui avait donc tout intérêt à inventer une ruche qui lui permettrait de vendre un maximum d'articles, ruches, cadres, feuilles de cires gaufrées, extracteurs... 

Allez, j'enfume bien, j'ouvre la ruche, j'enfume encore, je fais rentrer l'air et la lumière, (adieu les 35 °c à l'intérieure que les abeilles se fatiguent à stabiliser). J'enlève un cadre de rive, et je décale tout. Y-a-t-il assez de miel ? Y-a-t-il assez de couvain ? Aïe trop de couvain de mâle (on se demande comment on peut déterminer qu'il y a trop de couvain de mâle c'est quand même les abeilles qui savent si elles ont besoins de mâles) ! J'enfume bien parce qu'en plus c'est qu'elles s'énerveraient...bon c'est pas terrible mais de toutes façons je  peux rien y faire bon bah je referme." Bilan de la manipulation : pas grand chose de positif pour les abeilles !

Visite Dadant 10 cadres


La ruche à cadre permet deux choses :

  • Une extraction du miel plus aisée, en plaçant les cadres dans l'extracteur qui par force centrifuge extrait le miel.
  • Pouvoir accéder à l'intérieur de la ruche tel un livre dont on feuillette les pages.

Avec une ruche à cadres, il est essentiel de n'ouvrir les ruches que pour agrandir, de ne pas sortir les cadres et de laisser les abeilles construire elles-mêmes leurs cires dés que la miellée et le climat le permettent.

Chacun a entendu parler d'un essaim caché  dans un tronc ou dans le toit de la maison de campagne du grand-père, essaim qui est là depuis des années et ne reçoit aucun traitement. Il y en a même qui affirment que l'abeille ne peut plus vivre sans nous, la vérité c'est que demain si nous disparaissons tous et bah l'abeille...elle ira beaucoup mieux. Certains sont même surpris quand je leur dis que je ne mets pas de feuilles de cires gaufrées dans mes ruches et qu'elles batissent elles-mêmes. D'autres pensent que si on laisse les abeilles construire elles mêmes alors elles sont moins productives (toujours cette productivité). Leur argument majeur : "Quand elles batissent elles ne butinent pas" cependant ce ne sont pas les butineuses qui construisent !!! Mais des abeilles en charge de la maison si elles ne construisent pas...et bien elles ne font rien dans le meilleur des cas et dans le pire elles font comme si vous étiez enfermés à la maison sans rien faire...elles mangent !!

Bien entendu, si l'on souhaite optimiser sa production, notamment en montagne, l'expérience prouve que les constructions de cires s'arrêtent très tôt même si la miellée est encore là, dans ce cas une aide avec des cires gaufrées est envisageable pour les professionnels.

La conséquence fréquente de la ruche à cadre c'est qu'on l'ouvre, on sort les cadres, si ça va : on fait rien et si ça ne va pas : la plupart du temps on fait rien non plus...

Ce qui m'a souvent fait sourire c'est que lorsque vous observez l'étiquette d'un pot de miel :

- soit  il n'y a pas de ruches représentées,

- soit c'est l'ancienne ruche en paille qui est dessinée.

Comme si on n’était pas très fier de ses boites couleur aluminium. Il peut être intéressant de repenser l'apiculture et cela commence par les particuliers. En effet, tous les apiculteurs non professionnels réunis possèdent bien plus de ruches que tous les apiculteurs professionnels ensemble.

Je sais bien entendu que tous les apiculteurs ne procèdent pas ainsi et que certains avec des ruches à cadres sont respectueux de l'abeille, laissent construire les cires et préfèrent nourrir au miel qu'au sucre. Cependant je pense que pour une apiculture plus respectueuse de l'abeille il serait intéressant qu'ils essaient la ruche Warré. La plupart des opposants à cette ruche critique sa productivité en miel (car apparemment c'est la seule chose qui compte, on entend toujours parler du nombre de kilos récoltés plutôt que de la santé de la ruche), pourtant ils n'ont eux mêmes pas de ruches Warré et ne les ont jamais essayées. Cette ruche n'est pas moins productive il faut juste savoir l'utiliser et puis franchement un apiculteur amateur qui a 3 ruches ne fait pas la course à la productivité, il aura bien assez de miel pour lui et sa famille alors pourquoi ne pas privilégier le bien-être de l'abeille plutôt que de faire la course au plus gros volume de miel.

Alors si on faisait un peu confiance à l’abeille, elle qui a survécu à bien des malheurs, est apparue en tant qu'abeille sociale il y a vingt millions d'années et qui avec un peu de chance nous survivra, nous petits êtres prétentieux arrivés il y a trois millions d'années.

 Pour en venir au fait, mes principes sont très simples et vous sembleront évidents :

  • - Intervenir le moins souvent, notamment par l'observation de la planche d'envol et de la vitre arrière (attention une fois le volet retiré, cela perturbe tout de même la colonie donc on fait vite et uniquement si c'est indispensable). Ces observations sont déjà dans 90 % des cas suffisantes.
  • - Placer uniquement des barrettes en haut de la ruche pour servir de support aux rayons ou des cadres amorcés et ainsi permettre aux abeilles de construire elles-mêmes les rayons de cire. Étape biologique de leur vie, les abeilles ont des glandes cirières, la reine émet des phéromones dans des points précis où elle souhaite que ses abeilles construisent. Les abeilles font ce que l'on appelle une chaine cirière en se suspendant les unes aux autres et en établissant les rayons progressivement. Pour ma part, je n'ai pas confiance dans la qualité sanitaire des cires gaufrées disponibles dans le commerce. Elles sont issues de la fonte des rayons de cire de n'importe quel apiculteur dont la ruche peut très bien être morte de loque américaine et a fort probablement reçu des traitements de lutte contre le varroa (résidus qu'on retrouvera donc en partie lors de la récolte du miel puisque ces cires gaufrées sont utilisées pour les hausses). De plus l'essaim à l'état naturel construit progressivement et simultanément les rayons, permettant aux abeilles de passer de l'un à l'autre sans devoir descendre complètement un cadre. Les cadres cirés intégralement coupent une forme de communication entre les abeilles. De plus la forme arrondie des cires libres permet aux abeilles de faire un recrutement plus efficace des butineuses pour se rendre sur une source de nectar.
  • - Nourrir avec du miel si l'on doit nourrir. Le sirop est complètement dépourvu de qualités nutritives, ce n'est que du glucose (un peu de fructose pour quelques sirops à base de blé, c'est bien connu les abeilles aiment le blé ???!!). Les sirops fatiguent le système digestif des abeilles et par conséquent raccourcissent leur espérance de vie. N'oublions pas que les abeilles font du miel pour elles-mêmes avant tout, y-a-t-il vraiment un sens à prendre leur nourriture pour après leur en redonné une autre qui n'est pas nourrissante. Comment voulez-vous que vos abeilles soient fortes si elles n'ont pas un régime équilibré ? Encore une fois, si on vous nourrissait sans minéraux et sans vitamines, pensez vous que vous seriez bien armés pour passer l'hiver. Laisser et garder du miel pour vos abeilles est un investissement pour avoir des abeilles en bonne santé.
  • - Uniquement nourrir en cas d'urgence pas de "nourrissement" de stimulation. Encore une fois les abeilles savent ce qu'elles doivent faire, rien ne sert de les réveiller avant la saison ou de leur la faire prolonger en nourrissant tôt au printemps ou plus tard en automne. Une telle pratique empêche le blocage de ponte, or ce blocage permet de diminuer le nombre de varroas dans la ruche. Aujourd'hui les varroas se multiplient également parce qu'ils trouvent toujours du couvain dans lequel se reproduire. Nourrir en automne est devenu une habitude parce que des apiculteurs prennent trop de miel aux abeilles et ajoutent un traitement chimique alors pour les calmer on les gave de sirop. La reine perçoit cet apport de sucre comme une entrée de nectar, ce qui augmente sa ponte d'abeilles d'hiver. Pourquoi cette manipulation, en plus les abeilles doivent stocker ce sucre remplissant alors les cellules pouvant être destinées au couvain. Certes il reste toujours de la place dans les cadres de rives sur des ruches Dadant 10 cadres, mais ne doit on pas se demander pourquoi elles ne remplissent pas ces cadres ? Tout simplement parce que cette ruche est peut être trop large.

Si je me permets ces remarques c'est parce que j'ai également testé la Dadant 10 cadres très rapidement transformée en 8 cadres. La grappe pendant l'hiver est très réduite, et se situe généralement au centre de la ruche, le soleil lorsqu'il frappe la ruche n'atteindra pas la grappe s'il doit passer à travers des partitions remplaçant les cadres non construits (comme c'est souvent le cas des cadres de rives d'une ruche 10 cadres) ajoutés à la cloison. Je conseille au minimum de la passer sur 8 cadres et de laisser les abeilles construire les cires ceci en adaptant les cadres de corps et en ne plaçant pas de feuilles de cires dans les cadres de hausses. J'ai constaté un réel bien-être également des abeilles dans des Dadant 8 cadres.

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